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Paroles d'étoiles

Lundi 27 octobre 2025 les élèves et anciens élèves de l'option théâtre du collège Châteaubriand de Villeneuve-sur-Yonne, qui viennent régulièrement depuis 2016 s'immerger dans les répétitions des spectacles du Théâtre du Soleil, joue leur propre création Paroles d'étoiles sur le grand plateau, en présence de leur famille et de la troupe du Soleil.

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Edito

« Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme. »
Primo Lévi

A l’origine de ce projet, il y a une sidération : l’enquête commandée par la Jewish Claim Conference en 2019, selon laquelle 1 français sur 10 affirme ne pas avoir entendu parler de la Shoah, 2 français sur 10 ne savent pas quand la Shoah a été perpétrée et 57 % ignorent le nombre de Juifs tués durant ce génocide. C’était un constat terrifiant, au regard de l’augmentation des actes antisémites (déjà, à l’époque, et cela s’est aggravé aujourd’hui, notamment depuis les attentats du 7 octobre 2023, perpétrés par le Hamas contre les Israéliens, et la réponse sanglante et aveugle du gouvernement de Netanyahou).

Ensuite, il y a une impossibilité : en 2020, avec un groupe d’élèves de 3 , on décide d’écrire un spectacle pour rendre hommage aux victimes de la Shoah à partir de la lecture de témoignages de rescapés, mais avec la pandémie puis le confinement, le projet ne se concrétisera pas. Certaines scènes écrites alors sont dans le spectacle que vous verrez ce soir...

Enfin, il y a une opportunité : l’opportunité d’un anniversaire, celui des 80 ans de la libération (du camp d’Auschwitz, entre autres) ; l’opportunité d’une rencontre artistique inspirante, celle avec la Troupe du Théâtre du Soleil et l’observation, depuis avril 2024, de son travail de création autour de son nouveau spectacle « Ici sont les Dragons », dont notre spectacle s’inspire modestement mais largement : une écriture collective, des lectures historiques, un personnage récurrent, des sorcières très shakespeariennes, des masques, des voix en yiddish... sont autant d’éléments empruntés à Ariane Mnouchkine et sa troupe.

 

Et puis, il y a une urgence: celle de témoigner et de transmettre. Face à l’impensable révisionnisme et aux élucubrations des négationnistes, la parole s’impose. Il faut raconter l’irracontable. Au moment où les témoins directs disparaissent, le temps du passage de relai est venu, pour que rien ne s’oublie. L’heure des témoins de témoins.

Mais d’abord, il fallait chercher à comprendre l’incompréhensible : Comment un pays qui a tant concouru à répandre la civilisation dans le monde a-t-il pu se livrer à une entreprise d’une barbarie sans précédent ? Pourquoi les nazis ont-ils voulu supprimer les Juifs de la planète ? Pourquoi ont-ils dépensé tant d’énergie à aller chercher aux quatre coins de l’Europe qu’ils occupaient, d’Amsterdam à Bordeaux, de Varsovie à Salonique, des enfants et des vieillards, simplement pour les assassiner ?

Et puis, il fallait trouver un moyen de rendre compte. Or, la souffrance des victimes ne peut qu’être imaginée car un tel degré d’horreur défie l’entendement. C’est en se plaçant sur le terrain de l’expérience individuelle des victimes qu’on accède à la véritable dimension de l’évènement. D’où le choix de relire des témoignages, de faire parler les victimes. Car un crime commis à une telle échelle demeure et demeurera à jamais incompréhensible.

Or, comme l’écrit Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah en 2015 : « Il est indispensable de transmettre cette connaissance aux générations futures afin d’édifier un rempart contre l’oubli, contre le retour de la haine et le mépris de l’homme. » Oublier les morts serait les tuer une deuxième fois.

Ce soir, nous ne les oublions pas...

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