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Les Égarés du Chaco

du 25 septembre au 19 octobre 2014

Un spectacle de la compagnie Dorénavant
D’après « La Lagune H3 » d'Adolfo Costa du Rels

Mise en scène Jean-Paul Wenzel
Adaptation Arlette Namiand

Avec Javier Amblo Hurtado, Susy Arduz Rojas, Mariana Bénénice Bredow Vargas, Andrés Leonardo, Escobar Juàrez, Lorenzo Ariel Munoz, Antonio Peredo Gonzales, René Marcelo Sosa Santos

Infos

Représentations

Au Théâtre de l'Épée de Bois
du jeudi au vendredi à 20h30
le samedi à 16h et à 20h30
le dimanche à 16h
Spectacle en espagnol, surtitré en français

Location

01 43 74 24 08 tous les jours de 11h à 18h
ou à l'Épée de Bois au 01 48 08 39 74

Des documents à voir ou à écouter

À propos

Quand Jean-Paul Wenzel est venu me raconter l’aventure qu’il avait vécue et vit encore avec l’École Nationale de Théâtre de Bolivie à Santa Cruz, j’ai compris qu’il y avait là une très forte parenté avec ce que le Théâtre du Soleil avait fait germer au Cambodge au sein de l’École des Arts Phare Ponleu Selpak, ou en Afghanistan avec le Théâtre Aftaab “en voyage”. Troupe aujourd’hui à l’abri en France, dans l’attente de jours meilleurs dans son pays afin d’y retourner vivre et pratiquer son art. J’ai aussi pensé au rêve d’École nomade que des comédiens du Soleil et moi-même caressons depuis plusieurs années et mettons en oeuvre progressivement.
Au plus lointain et plus haut du Nouveau Monde, Jean-Paul est allé au bout de ce que le Théâtre du Soleil souhaite lui aussi construire avec des pays comme l’Inde et le Cambdoge ou encore le Chili ou le Brésil. À chacun de nos passages en tournée là-bas, de jeunes actrices et de jeunes acteurs, tous avides de théâtre et de liberté, nous ont offert des rencontres si prometteuses que rien ne devrait empêcher la floraison de toutes les créations espérées.

Jean-Paul et Arlette Namiand font oeuvre de pionniers, et nous ne pouvons que partager leur enthousiasme pour la jeunesse d’un pays, qui était, il y a encore peu de temps, aux prises avec une instabilité politique où les coups d’état se succédaient, synonymes de dictature militaire.
À l’occasion de la célébration de ses 50 ans, le Théâtre du Soleil est donc particulièrement heureux de s’associer au Théâtre de l’Epée de Bois, son voisin depuis 40 ans, son cousin d’Amérique latine, pour accueillir la troupe Amassunu.
Dans le spectacle qu’elle vient nous présenter, Les Égarés du Chaco, d'après La Lagune H3, roman d'Adolfo Costa du Rels, écrit à l’origine en français, on y découvrira d’ailleurs aussi une histoire des ponts tendus, envers et contre tout, depuis des générations entre nos deux continents.
Ariane Mnouchkine, juillet 2014

L'histoire

En pleine guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay (1932-1935), un bataillon bolivien tombe dans une embuscade et se disperse dans les bois pour éviter d’être encerclé.
C’est, dans cette nature hostile, ce Chaco aride semé de broussailles et de forêts sèches impénétrables, qu’un groupe d’hommes va se perdre, tenter de trouver une hypothétique lagune, dormant le jour, marchant la nuit pour survivre à la chaleur écrasante.
Mais la réserve d’eau s’épuise, les hommes aussi, et l’espoir. Pour le maintenir, assurer la cohésion du groupe et l’union autour de lui, le Capitaine Borlagui se sert de l’illusion comme arme de survie. Mentir pour tenir ! Tenir pour sortir vivant de ce guêpier.
La nuit enveloppe le groupe de présences invisibles. La forêt aime la chair humaine. On croit voir derrière chaque animal un démon, et derrière la vision hallucinée d’une femme, le Tangatanga, dieu tricéphale.
La lagune H3 existe paraît-il, mais elle reste introuvable, elle ne figure sur aucune carte car l’armée bolivienne craignait que l’ennemi ne la trouve. La ration d’eau diminue de jour en jour. On entend régulièrement le bruit d’un cours d’eau mais ce n’est qu’une illusion de plus que la fièvre entretient. Alors, pour calmer les terreurs, les manques et les angoisses, chacun a ses recours, ses talismans, ses sauvegardes : Dieu pour certains, les Dieux pour d’autres, les croyances ancestrales, les superstitions.

Et puis il y a le lieutenant Contreras qui ne croit à aucun dieu, à aucune superstition, mais hanté par une ombre qui le suit, va un jour s’en libérer par un acte considérable, irraisonné : l’attaque au couteau d’un tronc d’arbre, un toborochi, qui, sous les coups rageurs de la main qui le taillade et le sculpte, va prendre la silhouette et les traits d’un homme. Un acte de création qui, à lui seul va transcender l’angoisse.
Ce qui fait la beauté, la puissance poétique de ce récit, c’est cet emmêlement singulier du visible et de l’invisible, cette friction constante entre le monde magique et la réalité qui fonde l’identité de la littérature sud-américaine.
L’envoûtement que produit cette écriture, c’est que l’auteur donne à voir à la fois la réalité de ces hommes errant dans la jungle aux prises avec les forces de vie et de mort qui les hantent, les rendent tour à tour pathétiques, lâches, cruels attachants et généreux, et dans le même temps nous ouvre un monde fantastique, peuplé d’ombres mouvantes, de lueurs dans les fourrés, habité de présences diaboliques ou féériques, un univers qui nourrit la peur et l’angoisse des hommes comme leur capacité de rêve, leur imaginaire, leur puissance de survie.
Arlette Namiand