fr | en | sp | de

L'arbalète magique

Conte musical pour neuf chanteurs, alto, flûte, harpe et percussions

du 03 au 04 mars 2008

Le Théâtre du Soleil accueille Roland Hayrabedian et l'ensemble Musicatreize pour trois représentations exceptionnelles le lundi 3 mars à 20h30, le mardi 4 mars à 16h et 20h30 :

Musique de Tôn-Thât Tiêt | Texte de Tam Quy, d'après la légende vietnamienne Mi-Chau & Trong Thuy | Mise en scène Charles-Henri Bradier | Scénographie, costumes et illustrations Christos Konstantellos | Ensemble Musicatreize : Kaoli Isshiki et Élise Deuve, sopranos | Madeleine Webb et Laura Gordiani, mezzo-sopranos | Éric Raffard et Gilles Scheider, ténors | Patrice Balter, Hubert Deny et Hervé Audoli, basses | Magali Demesse, alto | Célia Perrard, harpe | Véronique Charpentron, flûte | Christian Hamouy, percussions | Direction Roland Hayrabedian.

 

Des documents à voir ou à écouter

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

© Archives Théâtre du Soleil

À propos

     Le roi An-Duang-Vuong, adoré de son peuple pour sa sagesse et sa bonhommie, résistait victorieusement à toutes les incursions du général chinois Trieu-dà, grâce à un ongle de tortue miraculeux, qui, placé dans le mécanisme d'une arbalète, lui donnait le pouvoir de tuer d'un seul coup dix mille ennemis. Désespéré de ne pouvoir venir à bout de cette arme merveilleuse, Trieu-dà employa la ruse..Cette légende vietnamienne très ancienne fonctionne comme un souvenir, au même titre que nos contes et légendes populaires écrits ou non, un souvenir qui prend place au sein des multiples découvertes et intuitions de l'enfance, fondant ainsi la culture ancestrale d'un peuple, sa civilisation. 

Cette légende nationale (dynastie légendaire des Hong-Bang 2859-258 av JC) est fable politique, mais aussi rituel d'initiation à l'amour et à la perfidie, c'est le récit du passage vers le monde des grands... et l'histoire bien connue de la lente attente de la mort qui termine et commence tout.

L'Arbalète magique est un genre de théâtre musical avec chant, choeur et récitant et un petit ensemble instrumental, à la manière du théâtre musical traditionnel vietnamien.

Un opéra de chambre

     L’Arbalète magique est un des plus fameux épisodes de l’histoire de la fondation du Vietnam. C’est à la fois un conte populaire issu de la littérature orale de cette mosaïque de peuples que compte encore le pays, et un mythe fondateur, dans lequel l’histoire nationale a puisé l’origine miraculeuse et sacrée du Vietnam, et entamé le récit de sa résistance millénaire contre l’Empire chinois voisin, le menaçant de toute éternité.[1]
Cette légende très riche et très ancienne fut jadis colportée par des poètes, des vieux diseurs, les ancêtres des paysans et des pêcheurs des premiers royaumes lacustres de Van Lang et de Au-Lac. Puis les mères et les grand-mères ont perpétué cette transmission en berçant leurs enfants et leurs petits-enfants d’histoires nourries de ce passé miraculeux.[2]
Même si on ne les chante plus, sous le banian, avec une guitare-lune et une gourde d’alcool, les héros du conte réapparaissent sur les places des villages, sur les tréteaux de fortune des théâtres itinérants, sur les terrasses des pagodes ou des palais d’été lors des fêtes populaires du Têt (Nouvel An), ou encore dans les bassins d’eau saumâtre des théâtres de marionnettes. Et les jeunes filles pleurent encore le triste sort de My Chau, les jeunes garçons envient la loyauté constante de Trong Thuy tout en lui reprochant son inflexibilité, et tous craignent le mystérieux dialogue du roi légendaire Thuc An duon vong avec les dieux et les génies du Palais des Eaux.

Cette proximité du conte ancien avec le monde d’aujourd’hui, cette familiarité rituelle, Ton That Tiêt s’en est fait le dépositaire. Sa musique, qui emprunte le chemin du souvenir, est une quête de l’enfance lumineuse mais perdue, rendue lointaine par le vacarme de la guerre et de la fureur. 

 

[1] Sur les mythes et les légendes vietnamiens, lire Anthologie de la littérature populaire du Vietnam, textes présentés par Huu Ngoc et Françoise Corrèze, L’Harmattan, 1982. 
[2] Lire aussi Contes d’une grand-mère vietnamienne, réunis et racontés par Yveline Féray, Editions Philippe Picquier, 1998

 

Il est intéressant de noter que ce sont paradoxalement ses maîtres d’écriture musicale au Conservatoire de Paris qui lui ont permis ce retour à certaines origines. Leur amicale attention et leur regard novateur sur la musique rendaient alors au jeune compositeur étranger son indispensable liberté d’inspiration, et les sons de l’enfance pouvaient à nouveau venir peupler son imaginaire.

L’Arbalète magique témoigne de cet équilibre du langage musical, de cette synthèse quasi spirituelle entre les thèmes et les motifs orientaux et un mode d’expression proprement occidental. Profondément personnelle, et volontiers testamentaire, la partition laisse d’ailleurs entendre les vagissements, les cris de douleur et les chants d’amour de trois êtres qui cherchent aveuglement à construire des ponts plutôt qu’à édifier des citadelles.

Tran Ahn Hung, pour qui Ton That Tiêt a composé de nombreuses musiques de films, note dans le commentaire de séquence de Cyclo : « Si je devais donner une définition de l’innocence, je dirais que c’est l’ensemble des évènements lumineux de l’enfance et de la vie. Si vous vivez quelque chose qui rentre en contradiction avec ces moments lumineux là, vous perdez l’innocence. » Rendons hommage à Ton That Tiêt d’avoir su garder intacte et fragile cette innocence de l’enfance, qui autorise le merveilleux, affranchit les héros de tous tabous et interdits, éloigne la mort qui fige la vie, et ouvre la voie à la renaissance.
L’argument du conte qui mêle la cruauté intrinsèque des hommes aux injonctions des dieux nous conduit irrésistiblement vers le théâtre, art du double exercice : vivre et jouer, c’est-à-dire croire … dans un seul et même corps, ici, vraiment, maintenant …

Charles-Henri Bradier

 

Des contes et des pays lointains

Tôn-Thât Thiêt et Roland Hayrabédian | Archives Théâtre du Soleil

 

     L'Arbalète magique commandée par Roland Hayrabédian au compositeur vietnamien Tôn-Thât Thiêt est le deuxième des sept contes musicaux qui verront progressivement le jour dans le cadre d'un vaste projet lancé en 2006 par Musicatreize réunissant écrivain, compositeur, metteur en scène mais aussi illustrateur puisque la représentation - possible d'ailleurs en oratorio - est accompagnée d'un livre-disque diffusé dès la création du conte musical. Chaque commande est soumise à un cahier des charges très précis : "La durée de chaque conte ne dépasse pas 55 minutes et le propos qui y est tenu, tiré directement de la plume d'un écrivain bien vivant ou puisé au fond de l'immense mémoire collective des contes et légendes, s'adresse à un large public, public sans âge mais sans préjugés. La mise en scène sera légère, essentiellement axée sur les costumes et un travail sur la lumière. La scénographie du spectacle ainsi que l'illustration du livre-disque seront signées par le même artiste". Après Les Sorcières de Chagas Rosa, L'Arbalète magique de Tôn-Thât Thiêt, tiré du fond légendaire vietnamien, nous retrace l'histoire d'amour, innocente autant que cruelle, d'une princesse vietnamienne et d'un prince chinois d'une époque très éloignée dont le genre, nous dit le compositeur, relève d'une combinaison de l'opéra à l'occidentale, du drame dansé d'Okinawa du Japon, et du théâtre traditionnel du Vietnam, "le Chèo". 

Charles-Henri Bradier qui signe là sa première mise en scène parvient avec économie et simplicité à nous plonger dans l'univers merveilleux du conte dont les ressorts dramaturgiques, à l'instar du théâtre populaire asiatique, sont soulignés par les interventions d'une percussion très présente. Concrètement, sur la scène, sont dressés les tréteaux d'un petit théâtre où se concentre l'action avec le lampion rouge et l'ombrelle chinoise pointant la couleur locale; de part et d'autre se tiennent les musiciens et le choeur qui commente l'action mais, plus encore, nous immerge dans un autre temps par le charme envoûtant de ses sonorités dépaysantes. Très étroitement liées aux timbres de la flûte et de l'alto surlignant les courbes mélodiques, les voix des personnages, altenant le parler et le chanter, empruntent les allures glissées de la langue asiatique dans une stylisation assez proche d'un Sciarrino mais adaptée ici au texte français. Aux côtés du ténor Éric Raffard - le prince - et de la basse Hubert Deny - le roi - très investis dans leur rôle respectif, la soprano japonaise Kaoli Isshiki rayonne dans le rôle de la princesse, conciliant à merveille toutes les composantes esthétiques de l'écriture vocale par la sensualité orientale de son timbre, la rondeur de ses aigus et une diction irréprochable. À la tête de l'ensemble, aussi discret qu'efficace, Roland Hayrabédian, maître d'œuvre d'un spectacle minutieusement réglé, contribue à faire de ce conte musical "une chose unique et mystérieuse".

Par Michèle Toti 

pour Resmusica, 6 mars 2008.

 

  
 
Livre/CD édité chez Actes Sud | EAN 9782742769810

disponible sur le site Musicatreize.org

Téléchargements