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  • Publication du 07/04/2021

Ces 343 femmes qui ont défié la loi pour nos droits

Le 07 avril 2021

 L'appel paru dans Le Nouvel Observateur du 5 avril 1971© Archives L'OBS

© Archives Ina

« Une jeune femme est venue à la Cartoucherie pour me demander de signer. C'était un matin, avant la répétition, les comédiennes étaient en train de se changer. J'ai trouvé le texte audacieux et légitime. Mais j'avais un problème car je n'avais pas avorté. Est-ce que je pouvais signer un mensonge ? J'ai quand même demandé deux jours de réflexion et j'ai compris la portée symbolique de la démarche. La loi contre l'avortement, c'était vouloir frapper les femmes du sceau de l'infamie. Le manifeste soulevait le rideau en affirmant : ‘Vous nous condamnez à une hypocrisie, à la clandestinité, à des risques.”

En plein XXe siècle, c'était le XIXe ! En 1971, ce n'était pas n'importe quoi de dire qu'on avait avorté. Je n'avais pas peur. Il ne faut pas exagérer, nous n'étions pas au Chili ni au Pakistan. Mais je faisais partie de celles qui pensaient que nous risquions, peut-être pas la prison, mais d'être interrogées. Au Théâtre du Soleil, on parlait sexualité, homosexualité même, pas trop de l'avortement. Ça se chuchotait. Forcément, l'illégalité imprimait une peur. C'était vraiment une très grosse tuile, plus qu'une tuile : c'était ce qu’il ne fallait pas qu'il arrive. Qu'est-ce que ça voulait dire, dans certains milieux, cette expression “tomber enceinte”? Comme on dit “tomber dans le péché, la prostitution, l'alcool". C'est terrible. Les jeunes femmes de maintenant ne se rendent pas compte de ce que c’était d'avorter, pas plus que nous ne nous rendons compte de ce que voulait dire être brûlée vive au Moyen Âge. »

 

Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie le 8 décembre 2020 © Camera Lucida. Parole recuillie par Laure Marchand pour le dossier Ces 343 qui ont défié la loi pour nos droits paru dans la revue Marie-Claire n°822 du 1er Mars 2021.

   

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MANIFESTE DES 343, DANS LES COULISSES D'UN SCANDALE 

(60') Un film de Valérie Jourdan et Adeline Laffitte. Produit par Sylvie Gautier. Produit par Camera Lucida et Histoire TV avec Sensito Films, en partenariat avec Femmes et Cinéma, et L’OBS.
Avec le soutien de la Procirep et de l’Angoa, la participation de TV5 Monde et de la RTBF Et le soutien de la région Ile de France
Avec la participation de Marina Vlady, Danièle Lebrun, Ariane Mnouchkine, Anne Zelensky, Nicole Muchnik, Liliane Kandel, Claudine Monteil, Xavière Gauthier, Joëlle Brunerie et Bibia Pavard.
En association avec L'OBS.

5 avril 1971. En France, Le Nouvel Observateur crée le scandale avec un numéro qui révèle les noms de 343 femmes avouant avoir avorté illégalement. Malgré le risque de poursuites judiciaires et d’opprobre, elles choisissent de s’exposer publiquement tant la vie intime des femmes devient insoutenable. « J’ai signé parce que j’étais en colère », affirme ainsi la comédienne Danièle Lebrun. A l’époque, la contraception demeure quasi inexistante et l’Église comme l’Ordre des médecins refusent toute idée d’une modification de la loi de 1920 qui interdit l’avortement. Or les femmes avortent quand même. Les plus aisées partent à l’étranger. Celles qui n’en ont pas les moyens ont recours aux faiseuses d’anges. « C’était sordide, se remémore la metteure en scène Ariane Mnouchkine, une des illustres signataires. C’était encore le XIXe siècle ! ». Le bilan est lourd :  5000 femmes meurent chaque année, sans compter toutes celles qui ressortent stériles de ces avortements de cuisine. Pour que la loi change, il faut bousculer le Pouvoir. Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF), associé au Nouvel Observateur, va jeter un pavé dans la mare avec ce Manifeste des 343 femmes, rebaptisées « 343 Salopes » par un dessin de Cabu dans Charlie Hebdo. Il sera le coup d’accélérateur qui posera pour la première fois la question d’un « droit à l’avortement » sur le devant de la scène. Dès lors, s’ensuivront plusieurs événements qui finiront par l’examen à l’Assemblée nationale d’un projet de loi sur « l’interruption volontaire de grossesse », porté par Simone Veil et adopté le 17 janvier 1975. 
Ce film raconte comment, et par qui, cet acte de désobéissance civile, porté uniquement par des femmes - une première dans l’Histoire, a été monté.

Diffusions sur la chaîne Histoire le 7/04 à 20h50, le 11/04 à 15h30, le 14/04 à 23h50, le 17/04 à 10h40, le 23/04 à 8h55.
Disponible 60 jours en replay

 

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50 ans après le manifeste des 343... Les combats des femmes

Valérie Jourdan et Adeline Lafitte, réalisatrice et scénariste du documentaire Manifeste des 343, dans les coulisses d'un scandale et Anne Zelensky, militante féministe échangent avec Marie Lemonnier et Elisabeth Philippe, journalistes à "l'Obs".

 

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À voir aussi sur la chaîne Histoire :
SIMONE VEIL, LA LOI D'UNE FEMME 
 (52') Un film de Caroline Huppert. Produit par Kuiv.

Ce documentaire mesure l'empreinte laissée par Simone Veil : la loi sur l'avortement qui porte son nom, son combat pour l’Europe, son action pour le devoir de mémoire de la Shoah. Il propose un lien entre son héritage personnel et ses champs d'action : son enfance, son éducation, sa mère, puis pendant l’adolescence, l’horreur d’Auschwitz.
Simone Veil est l’une des personnalités françaises les plus respectées. Son engagement l’a placée au-dessus des contingences politiques. Simone Veil, la loi d'une femme se propose de faire comprendre ce phénomène inhabituel et la femme exceptionnelle qui l’a rendu possible.

En écho à ce portait, réécouter l'interview de Simone Veil réalisée par Ariane Mnouchkine en 1987.