fr | en | sp | de
  • Au fil des jours
  • Publication du 24/01/2020

Construire, déconstruire la bibliothèque – le cours de William Marx au Collège de France

 

Une nouvelle chaire intitulée Littératures comparées est confiée à l’historien de la littérature, écrivain et essayiste William MARX.

Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, William MARX, né en 1966, est passé par de nombreuses universités françaises, dont l’université Paris Nanterre, où il fut professeur de 2009 à 2019, et étrangères, en Amérique du Nord, en Europe ou encore au Japon.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels L’Adieu à la littérature (Minuit, 2005), Vie du lettré (Minuit, 2009), Le Tombeau d’Œdipe (Minuit, 2012), La Haine de la littérature (Minuit, 2015), Un savoir gai (Minuit, 2018). Egalement philologue, William Marx a établi des éditions critiques, comme celle du dernier tome des Cahiers 1894-1914 de Paul Valéry (Gallimard, 2016), ou encore des notes de T.S. Eliot sur le cours d’Henri Bergson au Collège de France.

Lien vers les pages de William MARX sur le site du Collège de France : https://www.college-de-france.fr/site/william-marx.

 

 

 

 

Début du cours le 5 fÉvrier 2020

Cours le mercredi à 14 heures, suivi du séminaire à 15 heures.
Agenda : https://www.college-de-france.fr/site/william-marx/course-2019-2020.htm

 

Littératures Comparées

La littérature est un fait universel, d’extension mondiale et d’envergure transhistorique, quoique sous des modalités extrêmement diverses : son étude est l’objet de cette chaire.

En tant que discipline universitaire, la littérature comparée se développa dans le sillage des diverses sciences « comparées » apparues à la charnière du XVIIIe et du XIXe siècle, avec mission d’ouvrir les esprits à la connaissance des littératures étrangères. Or, tandis que cet enseignement se répandait en Europe et en Amérique, le Collège de France n’offrit jamais de chaire se réclamant de cette discipline dans sa version la plus ample, sans mention d’aire géographique, linguistique ou culturelle délimitée. C’est maintenant chose faite avec cette première chaire de littératures comparées (par quoi il faut entendre : comparées entre elles, les unes avec les autres).

Si la comparaison figure explicitement dans l’intitulé, le programme de cette chaire ne s’y réduit toutefois nullement : son objet est en réalité l’étude de la littérature sans la moindre limite et dans toute son étendue.

À quelle échelle en effet envisager un problème quelconque de l’histoire littéraire ? L’échelle européenne vaut pour un grand nombre de sujets intéressant la littérature française. Mais de quelle Europe s’agira-t-il ? Une définition large s’impose, intégrant les littératures des langues européennes, de quelque continent qu’elles viennent, et notamment des Amériques. Mais pourquoi s’arrêter là ? Dès l’Antiquité classique, les échanges méditerranéens et eurasiens mirent en contact les cultures européennes avec l’Afrique et l’Asie, et ils ne cessèrent de se complexifier, en particulier avec les mouvements de colonisation, puis de décolonisation. La perméabilité des cultures et la circulation des œuvres forment une donnée fondamentale de leur histoire. Nulle littérature n’est une île, et le prétendu délit d’appropriation culturelle n’est qu’une arme au service de la limitation de la liberté de pensée et du cloisonnement des peuples et des cultures.

C’est surtout la notion même de littérature qui fait problème, avec tout ce qu’elle implique de présupposés et d’usages historiquement datés et géographiquement localisés : en gros, l’Europe des deux derniers siècles. C’est pourquoi l’intitulé de cette chaire a été mis au pluriel, et il y est proposé l’étude non pas de la, mais des littératures, dont il convient de postuler d’abord la diversité, non seulement linguistique, mais culturelle et anthropologique. Il s’agira donc d’explorer une problématique, celle de la pluralité des objets dits littéraires, de leur nature, des corpus qu’ils forment, de leurs fonctions et de leur variabilité historique et culturelle.

Or, développer une telle description des littératures, construire une histoire des canons, ce n’est pas seulement raconter une histoire ou faire avancer la science : c’est changer notre lecture des œuvres. L’œuvre singulière existe à peine par elle-même : elle se détache toujours sur un fond plus ou moins perceptible d’autres œuvres, d’autres textes, parmi lesquels elle fait sens et qui orientent notre compréhension. Tout canon crée une série qui enferme l’œuvre dans un système de significations. Toute lecture, que nous en ayons conscience ou non, est une lecture comparée.

William MARX